top of page

Biberons « anti-coliques » : un intérêt?


Lecture critique d'un essai clinique randomisé du JAMA Network Open, mars 2026



Un nourrisson qui pleure en tétant, un ventre ballonné, des régurgitations répétées, et des parents épuisés achètent le biberon « anti-colique » recommandé par leur entourage ou repéré sur Instagram.

Le terme est omniprésent en rayon de puériculture, utilisé par des marques aussi différentes que MAM, Tommee Tippee, Philips Avent ou Dr. Brown's (biberon hyper plebiscité sur les réseaux)

Pourtant, derrière cette étiquette marketing se cachent des mécanismes techniquement très hétérogènes, et jusqu'à présent, très peu d'evidence clinique robuste pour les départager.


C'est dans ce contexte qu'un essai clinique randomisé multicentrique publié dans JAMA Network Open en mars 2026 vient poser des données concrètes sur la question. En voici une lecture critique.


Les différents types de biberons

Avant d'entrer dans les résultats, il est utile de clarifier la terminologie, que les fabricants brouillent volontiers.

  • Le biberon standard à évent tétine est la conception historique et la plus répandue. Un petit trou ou une microvalve est intégré à la tétine. Pendant la tétée, l'air entre par là pour compenser le vide créé dans le biberon à mesure que le lait est aspiré.

Inconvénient : cet air traverse le lait avant d'atteindre l'espace supérieur, ce qui génère des bulles et peut augmenter l'aération du lait ingéré.

De nombreux biberons commercialisés comme « anti-coliques » appartiennent à cette catégorie, malgré l'absence de données probantes spécifiques.


  • Le biberon à évent basal repose sur un système différent : une valve (généralement en silicone) est placée à la base du biberon. L'air entre par le fond sans passer à travers le lait, ce qui minimise la formation de bulles et, théoriquement, réduit l'aérophagie. Ce système nécessite que le nourrisson génère une pression intra-biberon suffisante pour activer la valve, ce point aura son importance dans l'interprétation des résultats.

ex: MAM Anti-Colique : la base détachable intègre une valve de ventilation par le fond.

Autre marque : Thyseed:la marque utilisée dans l'étude, dont fait partie un des auteurs de l'étude.

biberon anti-colique
  • Le biberon à tube interne (comme le Dr. Brown's Original) utilise un système de canaux internes qui achemine l'air directement vers le fond sans contact avec le lait. C'est une troisième famille, distincte des deux précédentes, parfois incluse dans les comparaisons mais absente de cet essai.


En résumé : le terme « anti-colique » ne désigne pas une technologie précise. Il est utilisé de façon interchangeable par les fabricants pour toutes ces conceptions, ce qui rend les comparaisons entre marques et la communication aux familles particulièrement difficiles sans cadre technique clair.


L'essai de Liu et al. (2026) sur le biberon anti-colique


L'étude compare directement deux systèmes : évent tétine vs évent basal, sur 1 055 nourrissons de 0 à 90 jours, dans 5 maternités chinoises, sur une durée de 14 jours. Les nourrissons devaient recevoir au minimum 3 biberons par jour, avec du lait maternel exprimé ou une préparation commerciale. Le critère primaire était la prévalence de l'inconfort gastro-intestinal léger (IGL), évalué par le questionnaire validé IGSQ (score > 23 sur 65).

C'est, à ce jour, le premier essai randomisé de grande taille sur cette question spécifique.


Résultats


Pas de différence globale significative


Sur l'ensemble de la cohorte, les deux types de biberons donnent des résultats comparables : 35,5 % d'IGL à J14 dans le groupe évent basal contre 37,9 % dans le groupe évent tétine (RR 0,94 ; IC95 % 0,80–1,10 ; p = 0,44). Les analyses de sensibilité et les sous-groupes prématurés ou petit poids pour l'âge gestationnel confirment l'absence d'effet global.

Ce que cela signifie en pratique : aucun argument scientifique solide ne justifie de recommander systématiquement un biberon à évent basal pour réduire l'inconfort digestif du nourrisson en général. Les allégations universelles des fabricants ne sont pas étayées.


Un résultat significatif pour la tranche d'âge de 2 à 3 mois


Chez les nourrissons de 61 à 90 jours, le biberon à évent basal est associé à une réduction de 55 % de la prévalence d'IGL (21,1 % vs 47,1 % ; RR 0,45 ; IC95 % 0,26–0,77 ; p pour interaction = 0,009). Cet effet est absent chez les nourrissons de moins de 60 jours.


L'hypothèse est la suivante: la valve du fond nécessite une pression négative intra-biberon suffisante pour s'activer. Les nouveau-nés et les jeunes nourrissons, dont les capacités de succion sont encore immatures, ne la génèrent pas de façon fiable, ce qui annule l'avantage théorique du dispositif. À partir de 2 mois environ, la succion est plus efficace et le mécanisme peut jouer pleinement.


Réduction des pleurs pendant et après la tétée

Ce critère secondaire post hoc est peut-être le plus utile à retenir pour la pratique quotidienne : 32,2 % de pleurs liés à la tétée dans le groupe évent basal contre 40,8 % dans le groupe évent tétine (RR 0,79 ; p = 0,003). L'effet est encore plus marqué chez les nourrissons recevant 6 biberons ou plus par jour (RR 0,63). Les mécanismes proposés incluent la stabilisation du débit lacté, la réduction de la pression intra-orale négative et de sa transmission à l'oreille moyenne via la trompe d'Eustache, ainsi qu'une moindre aération du lait.



Les biais de cette étude

Conflit d'intérêts structurel

C'est le point le plus important à signaler. Un des co-auteurs, Hao Wang, est PDG et fondateur de la marque Thyseed, fabricant des biberons à évent basal utilisés dans l'étude , et détenteur de nombreux brevets sur ces mêmes dispositifs. L'étude est financée par un financement « non restreint » de Thyseed, dans le cadre d'un laboratoire de R&D conjoint avec l'université de Pékin.


Essai en ouvert

Le masquage des participants et des recruteurs était impossible, les deux types de biberons étant visuellement distincts. Les résultats reposent sur des déclarations parentales, susceptibles d'être influencées par les attentes préalables, d'autant plus dans un domaine fortement investi par le marketing. Ce risque de biais d'information est reconnu par les auteurs.


Sous-représentation des nourrissons de 2 à 3 mois

Seuls 11,7 % des nourrissons avaient plus de 60 jours: c'est précisément la tranche d'âge où le bénéfice est observé. L'essai était donc structurellement sous-puissant pour confirmer cet effet, ce qui explique en partie l'atténuation du résultat global. Un essai spécifiquement conçu pour cette fenêtre d'âge serait nécessaire pour valider ce signal.


Durée de suivi courte et exposition limitée

14 jours de suivi, et plus de 63 % des nourrissons recevaient moins de 6 biberons par jour. Les effets cumulatifs d'une exposition plus prolongée ou plus intensive restent inconnus.


Analyses post hoc

Tous les résultats positifs (effet âge, pleurs) sont des analyses post hoc, non préspécifiées dans le protocole. Ils génèrent des hypothèses, ils ne les valident pas.


Biais majeure selon Lactasource: Pas de données sur la méthode pour donner le biberon


En pratique clinique, est établi que le "paced bottle feeding" ou "biberon à l'horizontale" permet de limiter les régurgitatoins et inconfort digestif, mais il n'en aest pas fait mention dans cet article, puisque l'étude ne documente pas la technique d'administration du biberon. Or le paced bottle feeding,qui vise précisément à réduire le débit, favoriser l'autorégulation et limiter l'aérophagie, agit sur les mêmes mécanismes que ceux invoqués pour expliquer les bénéfices du biberon à évent basal. L'absence de contrôle de cette variable rend difficile d'attribuer les effets observés au seul design du biberon.


Ce qu'il faut retenir pour la pratique

  • Il n'existe pas de preuve suffisante pour recommander universellement un type de biberon « anti-colique » plutôt qu'un autre sur la base du confort gastro-intestinal global.

  • Chez les nourrissons de plus de 2 mois recevant de nombreux biberons, le biberon à évent basal pourrait réduire les pleurs liés à la tétée et l'inconfort digestif; mais cela demande confirmation.

  • Le terme « anti-colique » est une catégorie marketing, pas clinique. Il recouvre des mécanismes hétérogènes et ne devrait pas être utilisé tel quel dans le conseil aux familles.

  • Toute communication de cet essai aux familles doit s'accompagner de la mention du conflit d'intérêt du fabricant.

  • Plus que du biberon anti-colique il apparait pertinent de parler de la méthode pour donner le biberon aux parents


Liu Y, Ding Y, Yu H, et al. Feeding Bottles With Different Venting Methods and Gastrointestinal Discomfort in Infants: A Randomized Clinical Trial. JAMA Netw Open. 2026;9(3):e263749. doi:10.1001/jamanetworkopen.2026.3749

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note

© 2025- Lactasource 

Contenu du site : Tous les droits de reproduction sont réservés. Toute reproduction intégrale ou partielle du contenu du blog ou des formations, faite sans l’accord écrit des autreurs de Lactasource est strictement interdite (art.L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle).

bottom of page