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Désinformation et surmédicalisation en périnatalité à l’ère des réseaux sociaux


Un article très pertinent sur la surmédicalisation en périnatalité vient d’être publié, nous vous en faisons la présentation




Cet article vient en écho de nos précédents articles sur ces thématiques :

Envie de discuter et réfléchir sur les pratiques dans le domaine de la périnatalité et l’éthique dans l’accompagnement à l’allaitement? Rejoignez nos groupes de discussion!




Contexte et enjeux

Les pleurs excessifs, les difficultés d'allaitement et les troubles du sommeil sont parmi les motifs les plus fréquents de consultation en périnatalité. Environ un parent sur cinq rapporte que son bébé pleure de façon excessive, générant un stress considérable et une recherche active de solutions [1]. Face à ces inquiétudes, de nombreuses familles se tournent vers les réseaux sociaux, où elles rencontrent une multitude d'intervenants, des conseils contradictoires et des informations non fondées scientifiquement.

Cet article de synthèse clinique, publié en 2026 dans Acta Paediatrica, introduit deux concepts-clés pour décrire ces dérives :

  • La surmédicalisation : traiter des variations développementales normales comme des pathologies médicales [2].

  • La paramédicalisation : recours à des thérapies alternatives non fondées sur les preuves (ostéopathie, chiropractie, thérapie cranio-sacrée, réflexologie…) [2].


Des données qui parlent


Évolution des diagnostics en Finlande (1998–2023)

À partir des données nationales finlandaises, les auteurs montrent des fluctuations temporelles marquées dans les diagnostics posés chez les nourrissons de moins d'un an, notamment pour :

  • Le reflux gastro-œsophagien (RGO)

  • La colite allergique

  • L'ankyloglossie (frein de langue)

Ces variations rapides ne peuvent pas s'expliquer par une réelle modification de la prévalence des maladies. Elles reflètent plutôt une tendance croissante à interpréter les comportements normaux du nourrisson sous un prisme médical [6].


L'essor des thérapies alternatives

Les tendances mondiales des recherches Google sur 20 ans montrent une hausse significative d'intérêt pour « bébé frein de langue », « bébé ostéopathie », « bébé réflexologie » et « bébé chiropractie ». Ces données corroborent les observations cliniques en Australie, aux États-Unis et en Finlande [5].


Le rôle des réseaux sociaux

Les réseaux sociaux sont devenus l'un des premiers vecteurs de décision parentale en matière de santé infantile [11]. L'OMS reconnaît la désinformation en ligne comme une menace majeure pour la santé publique mondiale [12]. Sur Instagram, Facebook et TikTok, les conseils parentaux sont souvent présentés sous forme de récits personnels très engageants, rendant difficile la distinction entre information fondée sur les preuves et promotion commerciale.

Un exemple frappant : une analyse de contenu des publications Instagram taguées #tonguetie, #liptie ou #buccaltie révèle que près de 90 % contenaient des informations erronées, la majorité générées par des professionnels de santé non-médecins [14].

Concernant l'allaitement spécifiquement, une étude sur Instagram a montré que le contenu éducatif y est minimal, dominé par la promotion commerciale de produits, souvent relayée par des influenceurs [13]. Un phénomène psychologique aggrave le problème : l'effet de vérité illusoire , c’est à dire le fait que la répétition d'une affirmation, même fausse, augmente sa perception de véracité [29].


Nb: cela rejoint les réflexions que nous avons publiées sur les influenceuses dans cet article


Interventions analysées : où en est la science ?

Les auteurs dressent un tableau critique des interventions les plus répandues :

  • Inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) pour le « reflux silencieux » : plusieurs essais contrôlés contre placebo démontrent qu'ils n'améliorent pas les pleurs, l'irritabilité ou les régurgitations, et peuvent augmenter le risque d'infections et de fractures osseuses [18].

  • Frein de langue, frein de lèvre et frein buccal (section chirurgicale) : bénéfice à court terme démontré uniquement pour la douleur au mamelon maternel en cas de frein de langue « classique » restrictif. Aucune preuve de qualité pour le frein postérieur, le frein de lèvre ou buccal. Les massages post-opératoires peuvent aggraver les difficultés d'alimentation [4].

  • Thérapies corporelles (ostéopathie, chiropractie, réflexologie, thérapie cranio-sacrée) : aucune preuve d'efficacité, aucune rationale biologique crédible. Risques : retard diagnostique, surcoût financier, perturbation du lien parent-enfant et renforcement de l'anxiété parentale [20, 21].

  • Régimes d'éviction (mère et/ou nourrisson) : aucune preuve chez les nourrissons sains présentant des symptômes isolés. Risques : déficiences nutritionnelles maternelles, impact négatif sur le bien-être maternel, et augmentation des risques allergiques à long terme [16, 17].


Conséquences pour les familles

Au-delà des risques directs (complications chirurgicales, effets secondaires médicamenteux), les auteurs identifient des conséquences plus insidieuses :

  • L'érosion du sentiment de compétence parentale : présenter les comportements normaux du nourrisson comme des pathologies mine la confiance des parents en leur capacité à répondre aux besoins de leur bébé [23].

  • L'impact sur le développement socio-émotionnel et neurobiologique : une réponse parentale altérée durant les périodes sensibles précoces peut avoir des répercussions durables sur le bébé [24].

  • Le poids financier : les thérapies non fondées sur les preuves représentent un coût significatif pour les familles et les systèmes de santé.



Ce que cela implique pour la pratique

Les auteurs appellent à une approche précoce, multidisciplinaire et centrée sur la famille, combinant les dernières avancées en neurosciences, sciences de la lactation et psychologie [27, 28]. Ils soulignent le besoin urgent d'une présence professionnelle proactive sur les réseaux sociaux : utiliser les mêmes plateformes que les parents pour diffuser une information fiable, sans jugement, afin de contrer la désinformation là où elle se propage [15, 30].

Sur le plan réglementaire, plusieurs sociétés savantes ont récemment pris position : l'Académie américaine de pédiatrie (AAP) sur les frénotomies (2024) [4], l'Académie nationale française de médecine sur l'ostéopathie crânienne et viscérale chez le nourrisson, qualifiée de « pratique contestable » (2024) [21]. En Finlande, la Société finlandaise de pédiatrie a publié des recommandations qui ont conduit la majorité des assureurs à ne plus rembourser l'ostéopathie pour les nourrissons.



Références principales citées

[1] Wolke D. et al. — Fussing and Crying Durations and Prevalence of Colic. Journal of Pediatrics, 2017

[4] Thomas J. et al. (AAP) — Identification and Management of Ankyloglossia. Pediatrics, 2024

[5] Immeli L. et al. — Vauvan Ensimmäiselle Elinvuodelle… Duodecim, 2025

[11] Frey E. et al. — Parents' Use of Social Media as a Health Information Source. Academic Pediatrics, 2022

[13] Marcon A.R. et al. — Protecting, Promoting, and Supporting Breastfeeding on Instagram. Maternal & Child Nutrition, 2019

[14] Booth L. et al. — Misinformation and Readability of Social Media Content on Pediatric Ankyloglossia. JAMA Otolaryngology, 2025

[15] Panthagani K. et al. — Training Health Communicators. NEJM, 2025

[18] Safe M. et al. — Widespread Use of Gastric Acid Inhibitors in Infants. World J Gastrointestinal Pharmacology, 2016

[20] Mamud-Meroni L. et al. — The Dark Side of Musculoskeletal Care. Biomedicine, 2025

[21] Académie nationale de médecine (France) — Visceral and Cranial Osteopathy in Newborns: A Questionable Practice, 2024

[27] Douglas P.S. & Hill P.S. — A Neurobiological Model for Cry-Fuss Problems. Medical Hypotheses, 2013

[29] Henderson E.L. et al. — The Illusory Truth Effect. Journal of Cognition, 2021



Ce thème spécifique sera abordé lors de la formation sur l’approche NDC Possums



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