Les pleurs qualifiés de "coliques" changent de nom
Nous vous parlions récemment des coliques du nourrisson, dans cet article sur le business de la détresse parentale, et avions souligné que l’origine intestinale des pleurs n’est pas démontrée. Une nouvelle publication par le comité de Rome V vient d’être publiée.
Le terme « coliques du nourrisson » est remplacé par « syndrôme de détresse du nourrisson » car il n’y a pas de preuve que la douleur soit d'origine colique.
NB: Les critères de Rome sont un système de classification diagnostique standardisé pour les troubles de l'interaction intestin-cerveau (DGBI — disorders of gut-brain interaction), anciennement appelés « troubles fonctionnels gastro-intestinaux ». Élaborés par la Rome Foundation, un groupe international d'experts (gastro-entérologues, pédiatres, chercheurs).
Ils définissent des diagnostics cliniques (comme le syndrome de l'intestin irritable, la constipation fonctionnelle, ou le syndrome de détresse du nourrisson) sans nécessiter d'examens invasifs, à partir d'un ensemble précis de symptômes, de leur fréquence et de leur durée. L’objectif est de permettre un diagnostic positif basé sur des critères reproductibles, plutôt qu'un diagnostic « d'exclusion » après avoir écarté toute pathologie organique.

L’article met l'accent sur la détresse visible du nourrisson plutôt que sur une localisation anatomique supposée.
En moyenne, les pleurs/agitation durent 1 à 2h/jour durant les 3 premiers mois, puis diminuent à 30–60 min/jour. Selon les critères Rome IV, la prévalence variait de 1,9 % à 19,2 %, avec un pic entre 1 et 2 mois, plus fréquente sur le continent américain qu'en Europe ou en Asie. Rome V a supprimé la limite stricte des 3h/jour sur 3 jours/semaine de Rome IV, ainsi que le critère « absence de fièvre/retard de croissance », jugé arbitraire.
Les Critères diagnostiques (usage clinique) sont:
Début des symptômes avant 5 mois
Pleurs et agitation récurrents et prolongés, sans cause apparente, non soulagés par les parents
Absence d'autre explication médicale après évaluation appropriée
Physiopathologie et facteurs psychologiques du Syndrome de détresse du nourrisson (anciennement "coliques")
Ce syndrôme est décrit comme multifactoriel, avec des facteurs digestifs, neurologiques et psychosociaux combinés.
L’impact du Microbiote est souligné, avec plus de Protéobactéries, moins de Bifidobactéries/Lactobacilles,et une diversité bactérienne réduite chez les nourrissons avec ce syndrôme. L’ Antibiothérapie néonatale précoce est associée à une dysbiose et à un risque accru de pleurs.
Des Facteurs neurologiques semblent entrer en jeu, avec une capacité de régulation des pleurs diminuée, une réactivité sensorielle accrue, et des différences dans le développement de l'amygdale.
Des facteurs psychologiques parentaux interviennent également, l'anxiété maternelle précède et accompagne les pleurs excessifs ; la dépression maternelle semble en revanche être une conséquence, créant un cercle vicieux. La dépression paternelle prénatale est aussi associée à des pleurs excessifs.
L’évaluation clinique comprend anamnèse et examen physique rigoureux ; rechercher une infection urinaire chez les nourrissons fébriles ou non ; et des signaux d'alerte sont à surveiller (cri aigu/extrême, absence de rythme diurne, début après 4 mois, régurgitations/vomissements/diarrhée fréquents, perte de poids, prise de médicaments maternels).
Prise en charge
Le pilier de la prise en charge est la validation des symptômes du nourrisson et de la charge émotionnelle des parents, la réassurance sur le caractère bénin et auto-résolutif, et l’éducation.
Des programmes de guidance parentale (avec ou sans techniques d'apaisement) : réduisent le temps de pleurs, mais données encore limitées. NB: On peut notamment citer le programmes NDC- Possums du Dr Pam Douglas que nous vous présentons dans la formation NDC.
Les probiotiques sont également proposés: Lactobacillus reuteri est le plus étudié, une réduction moyenne de 64,6 min/jour de pleurs est retrouvée, sans effet indésirable notable.
Les modifications alimentaires: les preuves sont faibles avec des risque de biais ; l'éviction du lait de vache (chez le nourrisson ou chez la mère allaitante) peut être bénéfique dans certains cas.
Les thérapies manuelles (chiropraxie, ostéopathie) ont des résultats controversés, et ne sont pas recommandées en routine.
Les autres approches (lactase, siméthicone, phytothérapie, acupuncture, IPP) ont des preuves très faibles, et ne sont pas recommandées.
BIBLIOGRAPHIE
Di Lorenzo C, Saps M, Chumpitazi BP, Rajindrajith S, Staiano A, Thapar N, van Tilburg M, Velasco-Benítez C, Vlieger A. Lower and Biliary Disorders of Gut-Brain Interaction: Child and Adolescent. Gastroenterology. 2026 May;170(6):1367-1387. doi: 10.1053/j.gastro.2026.01.036. Epub 2026 Feb 17. PMID: 41713707.
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