Importance du peau à peau: Revue Cochrane 2025
- Elise Armoiry et Marie-Xavier Laporte

- 11 janv.
- 4 min de lecture
Cette revue Cochrane présente l’état le plus récent des connaissances sur le peau à peau immédiat ou précoce entre la mère et son nouveau‑né sain, en s’appuyant sur 69 essais randomisés incluant plus de 7000 dyades mère‑bébé dans des contextes variés (pays à revenu faible ou élevé, naissances par voie basse et césariennes, nouveau‑nés à terme et prématurés tardifs). Il montre que le peau à peau, débuté dans les 10 premières minutes après la naissance ou dans les premières 24 heures, n’est pas un simple « plus » de confort mais une intervention clé, à la fois pour la trajectoire d’allaitement et pour l’adaptation physiologique du nouveau‑né à la vie extra‑utérine. Les données confirment ainsi et renforcent les recommandations internationales (OMS/UNICEF, Initiative Hôpital Ami des Bébés) en faveur d’un peau à peau immédiat, continu et ininterrompu comme standard de soins, plutôt que comme option facultative.

Effets du peau à peau sur l’allaitement
L’effet le plus robuste de cette revue concerne l’allaitement exclusif. Les mères qui bénéficient d’un peau à peau immédiat ou précoce sont nettement plus susceptibles d’allaiter de façon exclusivement maternelle à la sortie de la maternité et jusqu’à un mois post‑partum, avec une augmentation relative d’environ un tiers par rapport aux soins habituels sans peau à peau systématique. Cet effet se prolonge au‑delà du premier mois : entre six semaines et six mois, les taux d’allaitement exclusif restent significativement plus élevés dans les groupes peau à peau, malgré une hétérogénéité entre les études liée aux contextes et aux définitions de l’exclusivité.
Pour des consultantes en lactation, ces résultats confirment que le peau à peau n’est pas seulement un « facilitateur » subjectif, mais un levier mesurable pour prolonger la durée d’allaitement exclusif, avec un niveau de certitude jugé « modéré » par les auteurs. L’initiation très précoce (dans la première heure) semble particulièrement stratégique : elle s’inscrit dans la période sensible où les comportements innés du nouveau‑né (orientation, reptation, familiarisation, première tétée) se mettent en place spontanément lorsque la dyade reste sans interruption.
Effets sur la physiologie du nouveau‑né
Au‑delà de l’allaitement, la revue documente des effets physiologiques significatifs pour le bébé. Comparé aux soins standard (séparation, mise en couveuse, vêtements immédiats), le peau à peau améliore la thermorégulation : la température axillaire est légèrement plus élevée chez les bébés en peau à peau dans les premières heures, même si la différence moyenne observée (environ 0,3 °C) est jugée peu significative cliniquement en elle‑même. Le bénéfice thermique reste toutefois important dans des environnements où la prévention de l’hypothermie est un enjeu, notamment en contexte de ressources limitées.
Le peau à peau est associé à des glycémies plus élevées entre 75 et 180 minutes après la naissance, ce qui traduit une meilleure stabilité métabolique et un moindre stress énergétique chez le nouveau‑né. Deux petits essais suggèrent aussi une amélioration de la stabilisation cardio‑respiratoire (score SCRIP plus élevé), mais ces données restent de faible certitude en raison de la taille réduite des échantillons et de la façon dont les scores ont été agrégés. Pour les consultantes en lactation, ces éléments physiologiques renforcent le discours clinique : encourager le peau à peau, c’est non seulement favoriser la première tétée, mais aussi aider le bébé à mieux s’adapter sur le plan respiratoire, thermique et métabolique.
Effets sur la mère et limites des données
Les auteurs ont également exploré des variables maternelles comme la durée de la délivrance (troisième stade du travail) et la perte sanguine post‑partum. Les résultats suggèrent que le peau à peau ne modifie probablement pas de façon cliniquement importante le temps d’expulsion placentaire, et que l’impact sur la quantité de pertes sanguines reste très incertain, les études étant peu nombreuses, hétérogènes et de faible qualité méthodologique. Il n’y a cependant pas de signal de sur‑risque maternel lié au peau à peau immédiat, y compris après césarienne, ce qui est rassurant pour la pratique.
La revue souligne aussi des limites méthodologiques fréquentes : impossibilité de double aveugle des équipes et des mères, descriptions parfois floues du protocole de peau à peau (durée, interruptions, posture), taille modeste de nombreux essais et variations dans les définitions de l’allaitement exclusif. Malgré ces limites, le faisceau d’indices reste cohérent : dans divers contextes (32 études en pays à revenu élevé, 25 en revenu intermédiaire supérieur et 12 en revenu intermédiaire inférieur), le peau à peau immédiat ou précoce apparaît bénéfique ou neutre, jamais délétère, pour les dyades mères‑bébés en bonne santé.
Implications pratiques pour les consultantes en lactation
Pour les consultantes en lactation, cette revue conforte plusieurs messages clés à porter auprès des équipes et des familles.
D’abord, le peau à peau immédiat (dans les 10 premières minutes) et continu, sans interruptions inutiles jusqu’après la première tétée, devrait être présenté comme le standard, quel que soit le mode d’accouchement, dès lors que la mère et le bébé sont cliniquement stables. L’accompagnement consiste alors à protéger cette « bulle » : limiter les gestes non urgents, adapter les protocoles de salle de naissance et de bloc opératoire, et former les équipes à faire les soins nécessaires directement sur le thorax maternel plutôt qu’à distance.
Ensuite, les consultantes peuvent s’appuyer sur les résultats de cette revue pour argumenter auprès des institutions :
le peau à peau n’exige quasiment pas de ressources matérielles supplémentaires, mais améliore l’allaitement exclusif, un objectif de santé publique majeur, et optimise l’adaptation néonatale immédiate. Enfin, les auteurs rappellent que, compte tenu du niveau de preuve accumulé et des recommandations OMS/UNICEF, il devient difficilement justifiable, sur le plan éthique, de continuer à randomiser des dyades vers une séparation systématique mère‑bébé . L’enjeu des prochaines recherches portera plutôt sur les « doses » optimales de peau à peau, les situations particulières (analgésie, anesthésies, prématurité tardive, césariennes complexes) et les effets à plus long terme sur la santé et la relation mère‑enfant.
REFERENCE DE LA REVUE:
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