Codéine et allaitement: en 2026, une remise en cause de la publication phare de 2006 qui déconseillait son utilisation
- Elise Armoiry

- 7 mai
- 3 min de lecture
Des publications frauduleuses ayant donné lieu à une interdiction d’utilisation chez la femme allaitante, une rétractation de l’étude pivot en cours....
Une enquête passionnante sur la codéine et l'allaitement publiée dans le New Yorker que nous vous présentons!

Pendant près de deux décennies, la codéine a été contre-indiquée par la FDA pour les femmes allaitantes, suite à un rapport de cas de 2006 publié dans The Lancet décrivant la mort d'un nourrisson. Ce cas, attribué à un métabolisme ultra-rapide de la codéine en morphine chez la mère (hyper métabolisation via le CYP2D6), a façonné les recommandations mondiales.
Cependant, une enquête publiée en 2026 remet en cause ce cas, qui serait en fait un cas d’empoisonnement, présenté en falsifiant les résultats toxicologiques. Le journal The New Yorker explique en détail les rebondissements de la publication de ce cas.
En avril 2005, le nourrisson Tariq Jamieson décède d'une intoxication aux opioïdes alors que sa mère, Rani, prenait de la codéine (Tylenol n° 3) pour ses douleurs post-partum (c’est le “Toronto Case”). Le Dr Gideon Koren, expert pharmacologue de renom, publie en 2006 dans The Lancet une étude concluant à un cas unique de mort par transmission via le lait maternel, due au métabolisme ultra-rapide de la mère, ce qui a entraîné l'interdiction mondiale de la codéine chez les femmes allaitantes.
Cependant, l'enquête, avec les explications du toxicologue David Juurlink, révèle des failles majeures. Celles-ci ont été soulevées à plusieurs reprises au fil des années par d'autres toxicologues, mais sans modification de cette publication.
Ainsi les niveaux de morphine et d'acétaminophène dans le sang de Tariq sont biologiquement impossibles à atteindre par le seul lait maternel, et la présence de codéine non métabolisée dans l'estomac du bébé suggère une administration directe . La présence de codéine n'a jamais été mentionnée dans l'étude de 2006: il y a eu une dissimulation de données toxicologiques critiques.
L'enquête démontre également que Koren a publié un second cas fictif (« Baby Boy Blue ») pour étayer sa théorie, cette publication a été rétractée par le journal canadien qui l'avait publié.
Le laboratoire de toxicologie qu'il dirigeait a été fermé pour des problèmes d'erreurs d'analyses de drogues dans les cheveux de mères. Ces analyses, utilisées lors de procès, ont conduit au placement d'enfants dans des familles d'accueil.
Face à ces données et la rétractation de deux journaux canadiens, The Lancet a émis une “expression of concern” concernant la publication initiale. Les recommandations cliniques qui ont conduit de nombreuses mères à éviter l'allaitement ou à recevoir des médicaments insuffisamment efficaces (et à souffrir) ou des opioïdes plus puissants devraient donc être revues.
Le site en ligne de Hale "Medications and Mother's Milk" explique que des cas d’effets indésirables par exposition au lait maternel sont rapportés en cas d’utilisation de codéine chez les mères allaitantes. Ils comprennent bradycardie, apnée et cyanose. La plupart des cas survient dans la première semaine de vie, alors que les mécanismes d'élimination (rénales et hépatiques) du nourrisson sont immatures.
Il rapporte une études de cohorte sur 85 000 dyades allaitantes en Ontario , qui n’a pas mis en évidence d’association entre la prescription d’opiacés chez la mère (y compris la codéine) et des décès ou effets indésirables graves chez l’enfant.
En conclusion
Chez la mère allaitante, il est recommandé de privilégier les analgésiques non opioïdes (paracétamol, ibuprofène) en première intention.
La codéine n’est probablement pas aussi dangereuse que ce qu’on a laissé entendre ces 20 dernières années, car les recommandations se basaient sur un seul case report dont l’intégrité scientifique est aujourd’hui remise en cause.
Son utilisation, à faible dose et sur une durée courte est possible (mais Hale indique que ce n’est sûrement pas un opiacé de choix puisque 10% des personnes la métabolisent lentement et l’effet analgésique sera insuffisant).
La vigilance clinique principale reste l’état de la mère: la somnolence maternelle est corrélée au risque d'effet indésirable pour l’enfant
Bibliographie
Springer Publishing. Codeine and Breastfeeding: What Women’s Health Clinicians Need to Know Now
The New Yorker. (2026). *Did a Celebrated Researcher Obscure a Baby’s Poisoning?
Halesmed.com. Médications and monther’s milk. Fiche de la Codéine.
Breastfeeding and codeine guidance in doubt after calls for retraction
of pivotal Lancet study. as: BMJ 2026;392:s498 http://doi.org/10.1136/bmj.s498
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