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Risques de Contamination Bactérienne du Lait Artificiel

Dernière mise à jour : 24 janv.

Risques de Contamination Bactérienne du Lait Artificiel : Les Recommandations françaises diffèrent de celles  de l'OMS. Quels risques pour la santé des nourrissons?


Lactasource est un site d’information sur l’allaitement maternel, mais nous pensons important aujourd’hui de vous parler de la contamination bactérienne du lait artificiel (lait infantile). En effet, il arrive que les bébés allaités aient besoin de compléments de lait artificiel, ou que les parents s’orientent vers un allaitement mixte : allaitement au sein et lait artificiel. Suite à l’actualité récente (Rappel de lot du lait GUIGOZ Optipro relais de 800g, de la naissance à 6 mois, qui appartiennent au lot 52820346AB et rappels de laits Picot de Lactalis en janvier 2026), nous vous proposons un rappel des recommandations de l’OMS au sujet des modalités de reconstitution du lait artificiel pour la prévention de ce risque.

Le lait en poudre pour nourrissons, bien qu'étant une alternative parfois nécessaire, n'est pas un produit stérile. Il peut contenir des bactéries qui, si elles se multiplient, présentent un risque pour les nourrissons, en particulier les plus vulnérables. Aux Etats-Unis il y a 

 eu des pénuries de lait infantile en 2022, en raison de la fermeture d’une usine suite à des cas préoccupants de maladies chez les nourrissons.

L'objectif n'est pas d'être alarmiste, mais d’informer les parents concernant les modalités d’une préparation sécuritaire afin de réduire au minimum ces risques. 



Contamination Bactérienne du Lait Artificiel


Les Bactéries dans le lait artificiel 

Des cas de contamination de lait artificiel (lait infantile en poudre), bien que rares, surviennent régulièrement à travers le monde. Ces événements, comme l'ont montré les précédents rappels (incluant le récent cas impliquant un lot de lait Guigoz pour la bactérie Bacillus cereus, ou des contaminations antérieures par Cronobacter sakazakii dans d'autres marques et pays), rappellent l'importance des mesures d'hygiène strictes.


  • Cronobacter sakazakii : C'est la bactérie la plus préoccupante dans le lait en poudre. Elle est présente dans l'environnement de production. Chez les nouveau-nés, en particulier les prématurés et ceux de moins de deux mois, elle peut causer des infections invasives et graves comme la méningite ou la septicémie.

  • Bacillus cereus : Impliquée dans des rappels récents (comme le lot Guigoz Optipro Relais 0-6 mois), cette bactérie est responsable de troubles digestifs, comme des diarrhées ou des vomissements, qui peuvent être sévères chez un nourrisson.

Dans les retraits récents c'est la toxine émétique de cette bactérie: le céréulide , qui est en cause

  • Salmonella : Une autre bactérie qui a été à l'origine de rappels importants dans le passé (notamment aux États-Unis). Elle provoque une salmonellose, une infection gastro-intestinale grave chez le nourrisson.


Ces bactéries se multiplient très rapidement lorsque le lait est reconstitué et maintenu à température ambiante. 


Conduite à Tenir : Les Recommandations françaises versus celles de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) pour la reconstitution des biberons


Recommandations de reconstitution d’un biberon de lait infantile en France

En France les modalités de préparation du biberon sont disponibles sur le site Ameli, ou sur le site 1000 premiers jours qui mentionne : Une bonne hygiène est nécessaire pour manipuler les poudres, préparer et conserver les biberons. Il n’est pas nécessaire de stériliser les biberons et les tétines : il suffit de les nettoyer soigneusement dès que bébé a fini de boire. Puis, on les rince et les laisse sécher. Les biberons peuvent être donnés à température ambiante.” 

L’eau du robinet ou l’eau en bouteille peut être utilisée, sans être chauffée.


Recommandations de reconstitution d’un biberon de lait infantile par l’OMS


L'OMS a publié des directives spécifiques pour la préparation, la conservation et la manipulation des préparations en poudre pour nourrissons afin de détruire les bactéries potentiellement présentes. Ces recommandations sont particulièrement importantes pour les bébés les plus fragiles. Elles sont également en vigueur en Angleterre, où le site du NHS présente des recommandations plus récentes de 2023. Elles ne se limitent pas aux pays en voie de développement ; elles touchent également les pays où l’eau est considérée comme sûre.

Le CDC aux USA a des recommandations similaires pour les enfants à risque (nés prématurés avant 37 SA ou avec un système immunitaire affaibli), et durant les deux premiers mois de vie.


Étape 1 : Préparer en toute Propreté

  • Lavez-vous les mains soigneusement à l'eau et au savon avant toute manipulation et séchez-les avec une serviette propre ou du papier jetable.

  • Nettoyez et désinfectez le plan de travail.

  • Nettoyez le matériel : Lavez le biberon, la tétine, la bague et le capuchon à l'eau chaude savonneuse (liquide vaisselle), à l'aide d'un écouvillon (goupillon). Rincez abondamment à l'eau claire. Laissez sécher à l'air libre, tête en bas, sur un égouttoir propre. Dans le document de 2013 il est mentionné de stériliser le matériel, toutefois  la stérilisation systématique n'est généralement plus recommandée après 4 mois, un nettoyage rigoureux suffit.


Étape 2 : L'Eau à Plus de 70°C pour Tuer les Bactéries


C'est l'étape la plus critique pour la décontamination. La chaleur permet de détruire les bactéries potentielles dans la poudre.


  1. Faites bouillir l'eau (eau du robinet si non contre-indiquée et conforme ou eau minérale faiblement minéralisée adaptée aux nourrissons) pendant une minute. L'eau bout à 100 degrés, on attend qu'elle redescende à 70° degrés pour verser dans le biberon.

  2. Laissez refroidir l'eau dans la bouilloire ou la casserole jusqu'à ce qu'elle atteigne une température de 70°C  au minimum.

    L'OMS et le NHS indiquent "Pour atteindre cette température, on ne laissera pas l’eau reposer plus de 30 min après l’ébullition " alors que le CDC américain indique de transférer l'eau dans le biberon après 5 min d'attente maximum pour avoir une eau très chaude.

  3. Versez l'eau dans le biberon.

  4. Ajoutez la poudre et la mesurette correctement arasée (suivez strictement les instructions du fabricant pour le dosage).

  5. Refermez et agitez doucement pour dissoudre la poudre.


Étape 3 : Refroidissement et Consommation

  1. Refroidissez immédiatement le biberon : Passez le biberon fermé sous l'eau froide du robinet ou placez-le dans un récipient d'eau froide. Faites circuler l'eau jusqu'à ce que la préparation soit tiède (environ la température du corps, 37°C)

  2. Vérifiez la température en versant quelques gouttes sur la face interne de votre poignet.

  3. Donnez le biberon immédiatement.


Règles Essentielles de Stockage et d'Utilisation

  • Préparation minute : Idéalement, préparez le biberon juste avant le repas.

  • Durée maximale de conservation : Si la préparation a été faite selon la méthode de l'eau à 70°C puis refroidie rapidement :

    • À température ambiante (après refroidissement) : Maximum 1 heure.

    • Au réfrigérateur 4°C : Maximum 24 heures (étiquetez toujours avec l'heure de préparation).

  • Jetez les restes : Ne jamais réutiliser un reste de lait après un repas. La salive de bébé contient des bactéries qui contaminent rapidement la préparation.

  • Boîte de poudre : Conservez la boîte entamée bien fermée, dans un endroit frais et sec. Ne remettez jamais la mesurette dans la poudre pour éviter d'y introduire de l'humidité ou des germes. Jetez la boite 3 semaines après l’ouverture, ne transvasez pas la poudre ou alors assurez vous que les petites boites doseuses sont parfaitement propres et désinfectées à chaque usage. 


Quelle efficacité pour ces mesures ?


Dans une étude expérimentale, Beary et al mettent en évidence les différences de températures obtenues selon le type de contenant de chauffage et la méthode utilisée (casserole avec ou sans couvercle après ébullition, laissée sur la source de chaleur ou non, bouilloire avec ou sans couvercle), avec les transferts dans le biberon et en fonction du matériau du biberon (verre ou plastique).

Ils soulignent des pertes de chaleur: le transfert de l'eau dans le biberon réduit la température de manière significative , surtout si le biberon est en verre par rapport au plastique ou si le biberon est à moitié rempli (car le contact avec l'air ambiant induit une perte de chaleur). L'ajout de la poudre dans l'eau est également un moment de perte de température. Au final dans les expériences réalisées, les températures atteintes en suivant la méthode du CDC (5 min d'attente après ebullition) oscillaient entre 81.9 °C et 58.9°C, ce qui ne serait pas une température suffisante pour inactiver la bactérie Cronobacter. Ils soulignent qu'une température trop importante (>70°C) peut par ailleurs entrainer une gélification du lait artificiel et la formation de grumeaux dans lesquels les bactéries peuvent être protégées de la température.


Par ailleurs, dans les cas récents de contamination des laits artificiels par le céréulide ces méthodes seraient inefficaces: en effet, la toxine émétique à l‘origine de l’intoxination est thermorésistante puisqu’elle ne peut être détruite que par un traitement à 126°C appliqué pendant 90 min.



Cas des machines de préparation de biberon


Le site du NHS parle également des machines à préparation de biberon et recommande de suivre les instructions des fabricants et d’avoir un thermomètre pour s’assurer que la température atteint bien 70 degrés. Toutefois les machines type “Bib’expresso” vendues en France sur les sites de puériculture proposent majoritairement une température entre 22 et 40 °C et selon les modèles ne sont pas toujours programmables pour atteindre des températures supérieures et respecter ces recommandations de l’OMS.


Conclusion

Les rappels de lots de lait infantile pour risque infectieux par les autorités sanitaires sont des événements récurrents, souvent déclenchés après que des nourrissons aient été affectés. Cette situation met en lumière une faille potentielle dans la chaîne de sécurité et d'information des familles.

Dans un pays où le taux d'allaitement exclusif reste faible, le choix de la majorité des parents se porte sur les préparations pour nourrissons. Les recommandations nationales actuelles de préparation du biberon ont historiquement mis l'accent sur la simplification des procédures ("faciliter la vie des parents") en s'écartant parfois des directives internationales plus strictes .

Cependant, cette priorisation de la commodité peut se faire au détriment de la santé des enfants, en particulier les plus vulnérables (prématurés, immunodéprimés, ou ceux de moins de deux mois), pour qui les infections bactériennes transmises par le lait en poudre peuvent avoir des conséquences graves.

Il nous semble important que les autorités sanitaires nationales réévaluent et mettent à jour les protocoles officiels de préparation du lait infantile.


BIBLIOGRAPHIE


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