Quel avenir pour la Certification IBCLC face au nouveau Certificat de “facilitatrice en allaitement”
- Elise Armoiry et Marie-Xavier Laporte

- 15 déc. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 26 déc. 2025

Le lancement du Certificate in Lactation Facilitation par le Global Centre for Lactation Training (GCLT), affilié à l’IBLCE: un très mauvais cadeau de Noêl pour les IBCLC!
L'annonce récente, le 26 novembre 2025, de l'ouverture du programme Certificate in Lactation Facilitation™ par le Global Centre for Lactation Training (GCLT), organisme affilié à l'IBLCE, a suscité un vif intérêt au sein de la communauté des Consultantes en Lactation certifiées (IBCLC).
Si l'augmentation de l'accès à la formation de base en soutien à l'allaitement est un objectif louable que nous partageons, la manière dont ce nouveau certificat a été introduit , avec une communication limitée et sans consultation apparente des professionnelles déjà certifiées, soulève des interrogations.
Nécessité de Clarification et d'Évaluation de l'Impact
Le nouveau certificat est présenté comme un programme de compétences fondamentales en soutien à l'allaitement, distinct de la certification IBCLC, et ciblant les personnes non-IBCLC. Cependant, sa promotion via les canaux officiels de l'IBLCE crée une confusion potentielle qu’il serait opportun de dissiper.
La certification IBCLC est reconnue depuis 1985 comme le « gold standard » international de la profession, reposant sur des exigences rigoureuses (formation, pratique clinique, examen, et recertification coûteuses en temps et en argent). C’est pour ce titre et cette excellence que les personnes s’engagent dans cette certification.
Risque de Confusion Publique
La coexistence et la promotion conjointe de deux niveaux de "reconnaissance" par des organismes affiliés risque de prêter à confusion sur le statut d’ IBCLC auprès du public, des familles et des institutions. La sécurité des nourrissons et la qualité du soin reposent sur la distinction nette entre les niveaux de compétences.
En France l’IBCLC n’est déjà pas reconnue par les instances gouvernementales, et rajouter une sous-certification risque d’entretenir la confusion.
Impact Socio-Économique pour les IBCLC Libérales
De nombreuses IBCLC indépendantes exercent dans un contexte économique déjà tendu. Nous en parlons dans cet article
L'introduction d'un nouveau certificat de “facilitatrice en allaitement”, promue par l'organisme garant de notre profession, soulève des préoccupations :
Concurrence Déloyale : Le risque est réel de voir des prestataires moins formés, mais bénéficiant d'une forme de "certification" reconnue par l'affilié IBLCE, générer une concurrence à la baisse des tarifs et des missions, notamment si le public confond les statuts.
Dévalorisation de l'Investissement : L'investissement financier et le temps mobilisé par les IBCLC dans leur formation initiale et leur recertification (souvent sur fonds propres) est conséquent. L'apparition d'un palier officiel et moins exigeant sans communication préalable peut être perçue comme une dévalorisation rétroactive de cet engagement. En parallèle l’IBLCE annonce une hausse de ses tarifs pour 2026.
Comment l'IBLCE envisage-t-elle de soutenir et de protéger l'activité économique des IBCLC en pratique privée face à cette nouvelle offre sur le marché ?
3. Relation avec les Fournisseurs de CERPs
Les organismes de formation et les formateurs qui proposent des CERPs investissent pour être reconnus par l'IBLCE. L'introduction d'un nouveau produit concurrentiel par un affilié, sans processus de discussion, crée un sentiment de perte de visibilité et d'incertitude quant à l'évolution future des critères de validation des formations.
Un processus de reconnaissance interrompu : l’évolution de la certification IBCLC
Avant 2011, il était possible pour des personnes issues de n’importe quel parcours professionnel (comme des conseillères en allaitement issues du bénévolat et sans diplôme médical), de se présenter à l’examen IBCLC à condition de remplir les heures de formation et de pratique exigées.
En 2011, l’IBLCE a modifié ses critères d’éligibilité et a réservé l’accès direct à la certification aux candidats disposant d’une formation reconnue en santé, tels que les médecins, pharmaciens, sages‑femmes, infirmières ou diététiciens. Cette décision visait à uniformiser le niveau de qualification clinique et à renforcer la reconnaissance internationale de l’IBCLC en tant que certification de santé spécialisée. Les personnes non issues du champ médical doivent désormais suivre un cursus universitaire ou obtenir un diplôme de santé pour pouvoir se présenter à l’examen.
C’est à cette frustration (créée par l'IBLCE volontairement) que répond cette nouvelle certification.
Cependant, les personnes qui accèdent à la fonction de consultante en lactation principalement à partir de leur expérience maternelle se heurtent à deux difficultés majeures.
La première concerne le poids de leur propre vécu d’allaitement, qui doit être suffisamment intégré et élaboré pour ne pas interférer avec leur pratique professionnelle. À titre d’analogie, il n’est pas nécessaire d’avoir souffert d’un cancer pulmonaire pour exercer la pneumologie, mais le fait d’être pneumologue et d’avoir soi‑même traversé cette maladie peut constituer un obstacle à une pratique objective si cette expérience n’a pas été travaillée et supervisée.
La seconde difficulté réside dans l’absence de formation scientifique et médicale, ainsi que dans le manque d’expérience directe du terrain du soin, éléments pourtant essentiels pour garantir une prise en charge rigoureuse et sécurisée. Comprendre et interpréter la recherche scientifique, avoir un regard critique sur les informations diffusées dans le monde de l'allaitement, est un prérequis indispensable qu'apporte une formation médicale. Bien entendu, ces obstacles ne sont pas insurmontables.
Toutefois, la reconnaissance des IBCLC a parfois été compliquée par l’histoire même de la profession. Avant 2011, certaines voies d’accès mettaient fortement en avant l’expérience maternelle de l’allaitement comme porte d’entrée principale dans le métier. Des mères qui avaient eu une experience forte d’allaitement (souvent positive) devenaient bénévoles au sein des associations de mères, puis après 1000h de bénévolat et une formation sur l’allaitement, elle pouvaient certifier. Même si cette expérience personnelle est précieuse, cette perception a probablement été mal comprise par les institutions françaises, avec un manque de légitimité professionnelle, ce qui pourrait avoir freiné la structuration officielle du rôle. Par ailleurs, comme pour d’autres professions très féminisées (infirmières, diététiciennes, sage-femmes, puéricultrices, …), la prédominance des femmes dans ce métier, en plus de la thématique (l'allaitement, à l'ère des lobbys du lait artificiel et dans une société où historiquement le féminisme a dénigré l'allaitement) peut avoir conduit les institutions à lui accorder une moindre considération. Ce biais structurel peut avoir contribué à freiner la reconnaissance officielle du rôle des IBCLC.
Ce n’est pas toujours évident pour les familles, et l’on pourrait imaginer que cette nouvelle certification apporte davantage de clarté. Pourtant, notre analyse suggère qu’elle risque plutôt de complexifier le paysage, en ajoutant une couche supplémentaire de distinctions et de règles qui ne facilitent pas la compréhension ni l’accès aux soins.
Appel à la Transparence
L'IBLCE compte plus de 38 000 IBCLC dans le monde, sans compter les nombreuses associations nationales et les partenaires de formation. Une décision structurelle affectant potentiellement l'exercice de la profession devrait idéalement s'inscrire dans un processus de consultation visible et inclusive des parties prenantes.
Le contexte d'augmentation des frais de certification et de recertification, parallèlement au lancement d'un nouveau certificat payant et renouvelable, soulève la question fondamentale des motivations stratégiques et financières de l'IBLCE.
Ce programme répond-il d'abord à un besoin de santé publique ou à une nécessité de diversification des revenus de l'organisation ?
Nous sommes convaincus que l'IBLCE doit conserver la pleine confiance de ses certifiés. Lorsque l'organisme certificateur introduit un nouveau produit commercial sans associer ses certifiés historiques, le contrat moral de confiance est mis à l'épreuve.
Conclusion
Il est important de rappeler que la certification IBCLC en France n'est pas reconnue comme un titre professionnel réglementé par l'État. Les IBCLC françaises investissent donc par choix éthique et professionnel dans une certification privée, coûteuse et exigeante.
Dans ce contexte particulier, il est très préoccupant que l'organisme certificateur agisse d'une manière qui dilue la valeur perçue de ce titre et qui compromette cet engagement volontaire fort.
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