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Ostéopathes et allaitement : gestes intrabuccaux en pédiatrie – une mise au point critique, réglementaire et éthique

Ostéopathes et allaitement

Commentaires sur l’article : Recommandations pour l’approche intrabuccale chez l’enfant en ostéopathie : prérequis juridiques, évaluation des bénéfices/risques et normes d’hygiène.  L’Hermite PL, Tavernier P, Wagner A, Marangelli G, Herzhaft-le Roy J.  Mains Libres. 2023;2:187‑195. 


La France compte le plus grand nombre d’ostéopathes par habitant au monde (1)  et cette pratique (ainsi que d’autres thérapies manuelles comme la chiropraxie) est de plus en plus utilisée en systématique chez les nourrissons, pour soulager différentes problématiques telles que tétées difficiles, un reflux gastro-oesophagien, des pleurs nocturnes, une constipation, des coliques, un ballonnement, un ronflement, une anxiété ou des otites. Dans le cadre de l’allaitement, on retrouve notamment des pratiques de manipulation intra-buccales pour résoudre des troubles de succion ou assouplir le frein de langue.

La  multiplication des formations et discours autour des gestes intrabuccaux en pédiatrie, notamment dans le champ de l’ostéopathie, révèle une tendance préoccupante : la normalisation de pratiques non validées, présentées comme indispensables à l’évaluation de l’oralité et de la succion. Cette évolution illustre un ensemble de glissements – théoriques, méthodologiques et réglementaires – qui fragilisent la rigueur scientifique et mettent en danger l’intégrité corporelle des nourrissons.

Nous vous présentons un commentaire de l’article “Recommandations pour l’approche intrabuccale chez l’enfant en ostéopathie” 


Présentation de l’article

Cet article propose des recommandations pour l’usage des techniques intrabuccales chez l’enfant en ostéopathie, en s’appuyant principalement sur le cadre juridique français, transposable selon les auteurs à d’autres pays francophones où la profession est reconnue. Il montre que l’introduction d’un doigt dans la cavité buccale est juridiquement possible à visée diagnostique et thérapeutique, à condition de respecter le champ de compétence de l’ostéopathe, le consentement éclairé des parents et, autant que possible, de l’enfant, ainsi que des normes d’hygiène strictes. Les auteurs détaillent la nécessité de former spécifiquement les ostéopathes à l’anatomie et à la physiologie orales, au développement de l’enfant, et à la reconnaissance des signes de douleur, d’inconfort ou de désengagement afin d’individualiser le geste. Ils insistent sur l’évaluation de la balance bénéfices/risques, les bénéfices possibles portant sur le diagnostic et le traitement de troubles oro-faciaux, tandis que les risques, peu documentés, concernent surtout traumatismes et infections, d’où l’importance des règles d’asepsie. L’article conclut que ces actes sont pertinents et indiqués lorsque l’approche extrabuccale ne suffit pas, et annonce une série de travaux complémentaires par classe d’âge pour affiner ces recommandations.​


Cadre juridique : une transgression manifeste


A la lecture de cet article il semble opportun de reposer le contexte juridique: les ostéopathes ne sont pas des professionnels de santé (2), et leur intervention chez les enfants de moins de 6 mois est soumise à un certificat médical de non contre-indication (Article 3 du Décret 2007-435 du 25 mars 2007).

Le décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 (3) stipule que les actes ostéopathiques doivent être manuels, non instrumentaux et externes. La cavité buccale n’est pas incluse dans ce champ. L’absence de mention explicite ne peut être interprétée comme une autorisation implicite. 

Recueillir le consentement parental ne légitime pas un acte hors cadre réglementaire : il s’agit d’une transgression manifeste du droit. Le Code civil (article 16-3) rappelle que toute atteinte au corps humain doit répondre à une nécessité médicale, ce qui exclut les ostéopathes non professionnels de santé.


Absence de validation scientifique : un vide exploité

Aucune donnée probante (4-7) ne démontre l’efficacité de l’ostéopathie (et des gestes intrabuccaux ostéopathiques) chez le nourrisson. Les bénéfices avancés (mobilité linguale, succion, déglutition) reposent sur des hypothèses non étayées. Les risques – traumatismes, infections, aversion orale – sont connus mais minimisés dans l’article. Ce décalage illustre un glissement méthodologique : la construction d’un discours pseudo-scientifique qui exploite le vide de preuves pour légitimer des pratiques intrusives.

L’Académie de Médecine, l’ordre des Kinésithérapeutes et la Société Française de Pédiatrie ont par ailleurs alerté récemment sur les dérives à ce sujet. (5-7)

Au niveau international, notons qu’en Australie les chiropracteurs ont interdiction de pratiquer sur les enfants de moins de 2 ans, en l’absence de preuve de l’efficacité de leurs interventions.(8-9)


Glissements théoriques et extrapolations abusives

L’usage de la théorie synactive (10), conçue pour l’observation néonatale en soins intensifs, est emblématique de ces dérives. Son détournement en ostéopathie pédiatrique constitue un glissement théorique majeur: une extrapolation abusive qui transforme un outil d’observation en justification implicite de gestes invasifs. Le développement de l’oralité chez le nourrisson est un processus neurodéterminé et spontané. Le postulat selon lequel des manipulations manuelles pourraient l’optimiser relève d’une construction idéologique, non d’une démonstration scientifique.


Références réglementaires détournées

Les recommandations de la HAS sur l’hygiène, conçues pour les professionnels de santé réglementés, sont invoquées de manière inappropriée dans cet article pour valider des pratiques ostéopathiques exclusives. Ce glissement réglementaire entretient une confusion dangereuse : il suggère une reconnaissance officielle là où il n’y en a aucune. Le respect des bonnes pratiques d’une profession ne suffit pas, à lui seul, pour être reconnu comme appartenant pleinement à son champ de compétences.


Risques éthiques et psychosensoriels : une atteinte à l’intégrité

La sphère orale est une zone hautement sensorielle et émotionnelle chez le nourrisson. Toute intervention intrusive bien ou mal conduite peut provoquer une désorganisation sensorielle, une aversion orale durable et une rupture de confiance parent-enfant. L’absence de référentiel officiel validant la formation des ostéopathes exclusifs à ces gestes accentue le risque d’atteinte à l’intégrité corporelle et psychosensorielle.


Variabilité internationale : un argument fallacieux

Les différences de réglementation entre pays francophones (Belgique, Québec, Suisse) sont parfois invoquées pour justifier des pratiques en France. Cet argument est fallacieux : la reconnaissance de l’ostéopathie comme profession de santé dans certains pays ne saurait légitimer des transgressions réglementaires dans un autre contexte juridique.



Conclusion

La pratique des gestes intrabuccaux en ostéopathie pédiatrique illustre une série de dérives :glissements théoriques, extrapolations abusives, détournements réglementaires et minimisation des risques. En l’absence de validation scientifique et de cadre juridique explicite, ces gestes constituent une atteinte à l’intégrité corporelle et sensorielle du nourrisson. Ils doivent être considérés non comme une innovation, mais comme une transgression. La vigilance scientifique et éthique impose de dénoncer ces pratiques et de rappeler que l’intérêt supérieur de l’enfant prime sur toute tentative de légitimation professionnelle.


REFERENCES


  1. La démographie des ostéopathes en France. Syndicat des ostéopathes. Consulté le 08/12/25

  2. Code de la santé publique (L.4001-1 à L.4444-3 du Code de la santé publique)  définissant les Professionnels de santé

  3. Décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d'exercice de l'ostéopathie. Sante.gouv Consulté le 08/12/25

  4. Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’ostéopathie – 2012 Inserm . Consulté le 08/12/25

  5. L’OSTÉOPATHIE « VISCÉRALE ET CRANIENNE » CHEZ LE NOUVEAU-NÉ : UNE PRATIQUE QUI INTERROGE. Académie de Médecine 2024.Consulté le 08/12/25

  6. L’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes salue la prise de position de l’Académie nationale de médecine sur l’ostéopathie viscérale et crânienne chez le nouveau-né 2024. Consulté le 08/12/25

  7. Société Française de Pédiatrie: Ostéopathie néo natale : de la non indication à la contre-indication ?2025. Consulté le 08/12/25

  8. Chiropractors have been banned again from manipulating babies’ spines. Here’s what the evidence actually says. The Conversation. 2024 Consulté le 08/12/25

  9. Safer Care Victoria. Chiropractic spinal manipulation of children under 12 Independent review 

  10. COMPRENDRE LE COMPORTEMENT DU NOUVEAU-NE A TERME OU PREMATURE A PARTIR DE LA THEORIE SYNACTIVE. Conaitre 2011. Consulté le 08/12/25



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