A propos d'une Etude sur les Stratégies d’optimisation de la Lactation et prématurité
- Elise Armoiry et Marie-Xavier Laporte

- 13 juil.
- 4 min de lecture

Lactation et prématurité
Présentation de l’article de Perrella, S.L.; Anderton-May, E.-L.; Jin, X.; Geddes, D.T. Breast Milk Expression Frequency and Production, Na Concentrations and Na:K Ratios in the First 4 Weeks After Preterm Birth. Nutrients 2026, 18, 1418. https://doi.org/10.3390/nu18091418
Cette étude longitudinale, publiée en avril 2026 par l’équipe de l’Université d’Australie-Occidentale, apporte des données concernant la mise en route de la lactation des mères d’enfants nés entre 28 et 34 semaines de gestation.
Basée sur un suivi de 44 participantes dans une unité de soins néonatals de Perth, cette étude examine la dynamique de la production de lait maternel, la fréquence d’expression et l’évolution des biomarqueurs physiologiques (sodium et ratio Sodium/Potassium) durant les quatre premières semaines post-partum.
Objectif de l'étude
L’enjeu principal réside dans la compréhension des facteurs déterminant l’insuffisance de lait, un obstacle majeur limitant l’allaitement exclusif chez les nourrissons hospitalisés, pourtant essentiel pour réduire les risques d’entérocolite nécrosante et de rétinopathie de la prématurité.
Résultats
Les résultats démontrent que la séparation mère-enfant et la prématurité créent une vulnérabilité spécifique pour l’installation de la lactation.
Un tiers des mères ont présenté une activation sécrétoire retardée, définie par des volumes d’expression faibles ou des taux de sodium élevés persistant au-delà du quatrième jour.
Cette observation confirme que le délai d’initiation de l’expression, bien que souhaitable dans les deux heures suivant l’accouchement, n’est pas le seul facteur prédictif.
En revanche, la fréquence d’expression est critique : la médiane de 6 à 7 séances par 24 heures a permis à la majorité des participantes d’atteindre une production stable.
Cependant, l’étude met en lumière une corrélation statistique forte et précoce : les volumes exprimés aux jours 2 et 4 sont directement liés à la production totale aux jours 13 et 16.
Plus alarmant encore, une production inférieure à 250 mL/24 h au jour 4 prédit un risque élevé de production insuffisante (< 600 mL) à deux semaines, soulignant l’importance vitale de cette fenêtre d’observation initiale.
Lactation et prématurité: Biomarqueur
Sur le plan des biomarqueurs, l’étude valide l’utilité du sodium et du ratio Na:K comme indicateurs de l’activation sécrétoire. On observe une baisse rapide de ces marqueurs entre le jour 2 et le jour 6, se stabilisant après le jour 8, un profil similaire à celui des naissances à terme. Toutefois, une découverte majeure pour la pratique clinique est que, bien que ces biomarqueurs reflètent l’état physiologique immédiat, ils ne prédisent pas avec fiabilité la production de lait future à deux semaines. Cela suggère que la surveillance des volumes exprimés reste l’outil de prédiction le plus robuste et le plus accessible pour les professionnels de terrain. Le ratio Na:K, bien que pertinent pour la recherche, semble moins utile que la mesure directe du sodium ou des volumes pour une intervention rapide en milieu néonatal.
Un autre facteur de risque identifié est l’indice de masse corporelle (IMC) maternel. Un IMC élevé est inversement corrélé à la production de lait aux jours 4, 13 et 16, et augmente la probabilité d’un sevrage précoce ou d’un allaitement mixte. Les mères avec un IMC élevé ont également montré une activation sécrétoire plus lente, nécessitant une attention particulière et un soutien personnalisé dès le départ. L’étude note également que les complications comme le diabète gestationnel ou les troubles hypertensifs n’ont pas montré de lien direct avec la production de lait dans cette cohorte, contrairement à l’IMC, ce qui oriente les stratégies de dépistage vers le poids et l’histoire chirurgicale mammaire plutôt que vers ces comorbidités spécifiques.
Pour les consultantes en lactation, ces données appellent à une révision des protocoles de soutien post-partum prématuré. La recommandation centrale est d’instaurer une surveillance stricte des volumes exprimés dès les 48 premières heures, avec un objectif immédiat de fréquence d’expression de 8 fois/24 h si nécessaire. Les volumes faibles au jour 4 doivent déclencher une intervention proactive : révision de la technique de tirage, vérification du matériel (privilégier les tire-lait hospitaliers pour une efficacité supérieure), et mise en place de sessions de tirage simultané pour stimuler la prolactine. L’objectif de 600 mL/24 h au jour 13, voire 700 mL à deux semaines, doit être considéré comme le standard minimum pour assurer une transition vers l’allaitement exclusif avant le retour à la maison, les besoins nutritionnels du prématuré rattrapant rapidement ceux du nourrisson à terme.
Enfin, l’étude souligne la nécessité d’une approche individualisée, car les facteurs non modifiables (comme l’IMC ou l’origine ethnique, non couverte ici) peuvent limiter l’atteinte des seuils idéaux. Les consultantes doivent intégrer ces données pour rassurer les mères tout en restant vigilantes : une production faible au début ne signifie pas une échec définitif, mais exige une intensification du soutien. La combinaison d’un suivi rigoureux des volumes, d’une éducation sur la physiologie de l’activation sécrétoire et d’un soutien psychosocial ciblé constitue la meilleure stratégie pour optimiser la production de lait maternel et les résultats de santé à long terme des nourrissons prématurés. Cette recherche fournit ainsi une base scientifique solide pour guider les interventions précoces et éviter les sevrages prématurés évitables.
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